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Madame de Staël : NAPOLÉON. PORTRAIT D’UN TYRAN

Napoléon. Portrait d’un tyran, de Madame de Staël

« LORSQU’À la fin du dernier siècle, Bonaparte se mit à la tête du peuple français, la nation entière souhaitait un gouvernement libre et constitutionnel. Les nobles, depuis longtemps hors de France, n’aspiraient qu’à rentrer en paix dans leurs foyers ; le clergé catholique réclamait la tolérance ; les guerriers républicains ayant effacé par leurs exploits l’éclat des distinctions nobiliaires, la race féodale des anciens conquérants respectait les nouveaux vainqueurs, et la Révolution était faite dans les esprits. L’Europe se résignait à laisser à la France la barrière du Rhin et des Alpes, et il ne restait qu’à garantir ces biens, en réparant les maux que leur acquisition avait entraînés. Mais Bonaparte conçut l’idée d’opérer la contre-révolution à son avantage, en ne conservant dans l’État, pour ainsi dire, aucune chose nouvelle que lui-même. Il rétablit le trône, le clergé et la noblesse ; une monarchie, comme l’a dit M. Pitt, sans légitimité et sans limites ; un clergé qui n’était que le prédicateur du despotisme ; une noblesse composée des anciennes et des nouvelles familles, mais qui n’exerçait aucune magistrature dans l’État, et ne servait que de parure au pouvoir absolu.

Bonaparte ouvrit la porte aux anciens préjugés, se flattant de les arrêter juste au point de sa toute-puissance. On a beaucoup dit que, s’il avait été modéré, il se serait maintenu. Mais qu’entend-on par modéré ? S’il avait établi sincèrement et dignement la constitution anglaise en France, sans doute il serait encore empereur. Ses victoires le créaient prince ; il a fallu son amour de l’étiquette, son besoin de flatterie, les titres, les décorations et les chambellans, pour faire reparaître en lui le parvenu. Mais quelque insensé que fût son système de conquête, dès qu’il était assez misérable d’âme pour ne voir de grandeur que dans le despotisme, peut-être ne pouvait-il se passer de guerres continuelles ; car que serait-ce qu’un despote sans gloire militaire, dans un pays tel que la France ? Pouvait-on opprimer la nation dans l’intérieur, sans lui donner au moins le funeste dédommagement de dominer ailleurs à son tour ? Le fléau de l’espèce humaine, c’est le pouvoir absolu, et tous les gouvernements français qui ont succédé à l’assemblée constituante ont péri pour avoir cédé à cette amorce, sous un prétexte ou sous un autre.

Au moment où Bonaparte voulut se faire nommer empereur, il crut à la nécessité de rassurer, d’une part, les révolutionnaires sur la possibilité du retour des Bourbons ; et de prouver de l’autre, aux royalistes, qu’en s’attachant à lui, ils rompaient sans retour avec l’ancienne dynastie. C’est pour remplir ce double but qu’il commit le meurtre d’un prince du sang »


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Cette entrée a été publiée le 29 juin 2017 par , et est taguée .
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